Projet de coopération parlementaire franco-allemande : pourquoi j’ai voté contre

Il est des anniversaires qui ressemblent à s’y méprendre à des enterrements : celui du Traité de l’Élysée en est un bon exemple.

Près de 55 ans après sa ratification, l’heure est au bilan dans une Europe grevée d’incertitudes : chômage de masse et précarisation croissante, montée des tensions entre grandes puissances, aveuglement technocratique et mépris des peuples, un cocktail détonnant qui fait le lit des droites les plus radicales et des oligarchies les plus corrompues.

Le présent projet de coopération ne tire aucune leçon des politiques absurdes menées depuis maintenant des décennies, pire il en aggrave la logique en en appelant à toujours plus de dérégulation et toujours moins de souveraineté, seule socle pourtant de toute politique d’entente et d’amitié entre les peuples.

 

Voici mon explication de vote :

 

Sous prétexte d’approfondir les relations entre la France et l’Allemagne, et paré du souvenir du Traité de l’Élysée ratifié il y maintenant 55 ans, la représentation nationale a été amenée à se positionner sur une Convention relative à la coopération parlementaire entre nos deux assemblées.

Moi-même et mon groupe de la France insoumise sommes opposés à pareil projet : non pas que soyons animés par je ne sais quelle conception étriquée de la Nation, mais au nom d’un internationalisme concret, soucieux des droits sociaux des travailleurs et des droits politiques consubstantiels à la souveraineté réelle des peuples.

En effet, les deux textes proposés à l’Assemblée nationale en décembre dernier entérinent, sous couvert de renforcer l’amitié et la coopération entre nos États, une vision libérale délétère et inefficace de l’actuelle construction européenne, source de tensions grandissantes en son sein, mettant gravement en péril les fondements mêmes de notre conception républicaine de l’État.

Outre l’extrême célérité avec laquelle nous avons été amené à considérer ces textes ( moins d’un mois en tout et pour tout ) caractéristique du mépris et de l’impuissance dans lequel se trouve confinée la représentation nationale, les pistes envisagées par la présente convention sont autant d’écueils où viennent se briser les aspirations à la justice sociale et le respect de nos principes républicains.

Pêle-mêle, on y retrouve les mêmes poncifs concernant « l’intégration par le marché », la relance d’une « Europe de la Défense » véritable pourvoyeuse de conflits, la transposition dans le droit national des « directives européennes » de dérégulation ad nauseam, l’ode toujours renouvelé à la « compétitivité », l’exigence pour les États de « finances publiques saines », confirmant une fois de plus l’aveuglement de nos gouvernements sur des politiques d’austérité qui minent nos économies et qui dressent nos travailleurs les uns contre les autres.

La possibilité d’étendre les compétences des « euro-districts », notamment en matière d’expérimentation législative, constitue une grave entorse au caractère un et indivisible de la République française, préférant la norme négociée à la loi seule garante de l’intérêt général, soumettant le travailleur et le citoyen au hasard de la géographie et de l’aléa du rapport de force.

Il est somme toute assez curieux de convoquer les mânes du Général de Gaulle alors que l’on piétine aussi allégrement la souveraineté et l’indivisibilité de notre République, là où le projet initial de l’ancien chef de la France libre cherchait à contrario à soustraire la RFA de la pesante tutelle américaine qui s’y exerçait, condition essentielle d’une « Europe européenne ».

Celle-ci devait être fondée sur la coopération des peuples, la souveraineté des États, l’indépendance militaire, diplomatique, économique de notre continent. A quoi doit maintenant s’adjoindre les défis de ce nouveau siècle, telle que la lutte contre le dérèglement climatique, largement absente de la présente convention.

Décidément on peut dire avec Saint-Just, près de deux siècles après la Révolution française, que « le bonheur reste une idée neuve en Europe ».

 

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