JO 2024 : « Vous préférez suivre le chemin des sponsors plutôt que celui du sport ! »

Le 14 mars, je suis intervenue pour exprimer la position de la France Insoumise concernant les Jeux Olympiques de 2024 : nous souhaitions des Jeux plus proches, en somme, de l’esprit des Olympiades populaires de Barcelone en 1936 que des géants de la publicité et des promoteurs immobiliers. Vous trouverez mon discours complet sous cette vidéo :

 

Mr le Président,

Mr le rapporteur,

Chers collègues,

 

Ces Jeux Olympiques devaient être une occasion historique pour le peuple français, rassemblé avec lui-même et avec les nations venues de tous les horizons, de développer et de démocratiser la pratique sportive dans notre pays.

Certes moi-même et mon groupe n’étions pas favorable à l’organisation de ces Jeux Olympiques, du moins sous l’actuel auspice des sponsors et de l’argent roi. Nous souhaitions des Jeux plus proches, en somme, de l’esprit des Olympiades populaires de Barcelone en 1936 que des géants de la publicité et des promoteurs immobiliers. Cependant une fois la candidature de Paris avalisée, nous pensions également que ces Jeux pouvaient être l’occasion :

  • De développer les infrastructures de proximité, avec au cœur la question de l’héritage pour nos collectivités territoriales.
  • De démocratiser profondément et durablement la pratique sportive, vecteur d’émancipation collective et d’épanouissement individuel.
  • Enfin de construire de nouveaux logements sociaux pour faire face à la pénurie qui sévit en Ile-de-France et à la cherté des loyers.

Profiter donc de dépenses publiques se faisant trop rares en ces temps d’austérité, pour investir utilement au service de l’intérêt général.

 

Mais les récentes annonces du gouvernement, les alertes sur les possibles dérapages financiers dénoncés dans un rapport bientôt disponible, nous force à une vigilance constante. Aujourd’hui même je lisais un dossier de presse égrenant les multiples risques de surcoût dans l’organisation de ces Jeux. Pêle-mêle on y trouve :

  • Le prochain centre nautique de Saint-Denis, dont le budget initial de 130 millions pourrait bien être multiplié par deux.
  • Le village des médias, dont le nombre de logements pourrait être revue à la baisse.
  • Ou encore le probable abandon du site devant accueillir le volley au Bourget, dont le surcout est intimement lié aux importants travaux de dépollution que nécessite le site. Un cas loin d’être isolé, au sein de territoires marqués par les nombreuses pollutions industrielles.

 

Ce probable gonflement de la note à régler pour les contribuables n’est malheureusement pas une surprise pour nous. L’engagement de la majorité à plafonner strictement le budget des Jeux à 6,8 milliards d’euros sont comme les promesses de campagne : elles n’engagent souvent que ceux qui les croient. Et il y a fort à craindre que Paris suivra les exemples de Londres, d’Athènes ou de Barcelone, villes qui toutes vues leur budget initial exploser, véritable gabegie financière. Il ne s’agit pas de jouer les Cassandre, mais ce passif n’incline pas à l’optimisme.

D’autant que mon département, la Seine-Saint-Denis, se trouve dans une situation des plus paradoxales : s’il est l’un des territoires les plus sollicités pour l’organisation des Jeux, il est également l’un des moins bien pourvu en matière d’équipement sportif : à peine 16 équipements pour 10 000 habitants, contre 49 au niveau national, soit trois fois moins. Situation encore aggravée dans les quartiers dit « prioritaires », où l’on tombe à 8 équipement pour 10 000 habitants, redoublant des inégalités sociales déjà patentes. A la pénurie des équipements s’ajoute encore leur vieillissement, alors que 47% des structures construites ou rénovées l’ont été il y a plus de vingt ans.

 

J’aimerai maintenant aborder avec vous un autre problème qui touche de près nos territoires : on nous avait promis un Grand Paris Express avec une mise en service de la totalité des 200 kilomètres de ligne à l’horizon 2024. Avec la désignation de la France comme pays hôte, vous êtes contraint à des arbitrages politiques en terme de calendrier. Le Premier ministre a ainsi décidé de privilégier les lignes 14, 15, 16 et 17», précisant que ces lignes étaient « nécessaires pour le bon déroulement des JO» ! Les autres franciliens attendrons ! Nous sommes d’ailleurs inquiets pour une de ces lignes, la 17 dont la finalisation des travaux dans le délai impartie reste incertaine, alors que doit s’y trouver le village des Médias.

Comprenons-nous bien, une fois de plus ce n’est pas le principe des Jeux Olympiques en tant que tel que nous remettons en cause, ce sont les choix que l’accueil d’un tel événement nous impose au détriment des citoyens, de l’écologie, et de l’argent public. Nous comprenons que ce processus ait été entamé avant que vous soyez aux commandes. Mais comprenez la colère des habitants et des élus quand vous leur annoncez que vous allez privilégier les lignes qui desservent les sites des Jeux Olympiques plutôt que de leur offrir la même qualité de service public qu’aux autres franciliens. Le véritable moteur de votre décision de repousser les délais de livraison est connu : ne pas aggraver la dette publique en répartissant dans le temps le cout des travaux et ainsi rentrer dans le cadre de la sacro-sainte règle des 3%. Ce cadre budgétaire contraint associé au faste avec lequel vous pensez ces JO se fait au détriment d’investissements utiles pour le quotidien.

 

Madame la ministre, là où il y a une volonté politique il y a un chemin : vous préférez suivre celui des sponsors plutôt que celui du sport, le clinquant des publicitaires plutôt que la fraternité et l’émulation pour tous.

C’est pour cela chers collègues que notre groupe ne votera pas en faveur de ce texte.

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