Un avant-goût de la loi ELAN : une rencontre avec le personnel du 115

Fin mai, la loi sur le logement, dite ELAN, sera discutée dans l’hémicycle.

Malheureusement, à long terme, elle risque d’avoir de lourdes conséquences sur l’hébergement d’urgence.

Vendredi dernier, je rencontrais les responsables et personnels d’Interlogement93 qui gèrent entre autres, le fameux 115, plateforme téléphonique fonctionnant 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

 

Interlogement93, c’est avant tout une fédération d’associations, réunies pour administrer les dispositifs d’hébergement et permettre un accès au logement.

A travers son Service Intégré d’Accueil et d’Orientation (SIAO) et son pôle Habitat et Insertion, Interlogement93 couvre la diversité des besoins en hébergement, selon la situation des demandeurs (famille, travailleurs pauvres ou précaires, personne sans aucune ressource, femmes isolées avec enfant …).

Pour l’organisme, les objectifs sont l’accompagnement par des solutions de mise à l’abri, l’intégration dans des programmes de logement d’insertion, (avec ou sans accompagnement social), ainsi que la conduite vers le logement adapté de droit commun.

 

Je remercie énergiquement le personnel d’Interlogement93 pour m’avoir permis une immersion dans les situations complexes des appelants.

Dans ce centre d’appel du 115, selon les horaires, 3 à 6 personnes sont affectées à la réception des appels.

En moyenne, (sans compter tous ceux qui ne contactent plus le centre d’appel), ce sont 4 376 appels par jour à traiter.

Par manque de moyens, les auditeurs ne peuvent répondre de manière effective qu’à 327 appels.[1]

 

 

De l’autre côté de l’appareil, les douloureuses situations s’enchainent les unes après les autres :

1ère situation : une famille, hébergée dans un hôtel de Seine et Marne, obligée de le quitter le soir même.

L’écoutant note, envoie l’information au PHRH[2] et informe la famille qu’elle sera rappelée, en soirée, pour lui confirmer ou non, une solution pour la nuit.

 

2ème cas : à La Courneuve, une famille encore. Avec leur bébé de 8 mois, le couple dort dans une camionnette laissée à l’abandon.

Même réponse. La famille sera contactée en soirée.

 

3ème appel : une femme victime de violence conjugale.

Urgence parmi les urgences, l’écoutant note, fait le nécessaire tout en espérant que la personne sera rappelée…

 

L’enchainement constant de ces souffrances humaines abouti immanquablement au même et l’intolérable constat du manque de moyens et de structures d’accueil.

Dès le début du processus d’hébergement d’urgence, le système bloque : manque cruel de places de « mise à l’abri ».

Cette « mise à l’abri » ne propose qu’un toit de manière très provisoire, (souvent quelques nuits d’hôtel sans accompagnement social), et à la fin de la période hivernale, les personnes sont remises à la rue.

 

D’ailleurs, en centre d’hébergement, ça bloque aussi…. Evidemment, faute de places.

Et pour se voir accorder une place en centre d’hébergement, mieux vaut passer par le 115 et donc, de ne loger nulle part, (ni famille, ni solutions temporaires, rien).

 

Interlogement93 gère aussi le dispositif Solibail, une solution pour les plus « riches » des sans-abris.

Ils sont travailleurs pauvres, logés dans le parc privé, avec toutes les garanties étatiques de solvabilité pour le propriétaire.

Ces travailleurs pauvres devraient accéder au logement PLAI, dit « très social ».

Mais là aussi, ça bloque. Pas de place, aucun logement pour les plus fragiles.

En Seine Saint Denis, ce sont 112 000 demandes de logements sociaux qui ne sont pas satisfaites, (dont 9 500 ménages reconnus Droit Au Logement Opposable).

 

Le gouvernement annonce la pérennisation de 5 000 places d’hébergement d’urgence AU NIVEAU NATIONAL…

C’est exactement le nombre de places manquantes, uniquement, pour notre département.

Ironie de la mise en place de cette politique ; aucunes de ces 5 000 places ne seront en Seine Saint Denis !

 

Tandis que le droit au logement, inscrit dans la constitution, est reconnu comme un droit fondamental et que la mise à l’abri est une obligation légale inconditionnelle, l’Etat ne se dote pas des moyens nécessaires pour appliquer la loi.

 

On aurait pu compter sur la loi ELAN pour débloquer la situation.

Mais point de naïveté ; pas de faux espoir : il n’y est prévu aucune avancée en matière de logement social, (et notamment très social), puisqu’il s’agit bien au contraire, de détricoter tout le système.

M. Macron – promoteur de la flexibilité et donc de la précarité – restera hors-la-loi.

Et ce ne sont pas ses mesurettes en matière d’hébergement d’urgence, nécessaires en attendant un véritable accès universel à un logement durable, qui endigueront la montée du phénomène de sans-abrisme.

 

 

 

[1] Chiffres issus du rapport d’activité de 2016
[2] Centrale de réservation hôtelière régionale qui dépend du Samu social de Paris

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