Comme un bruit de bottes au pays de Voltaire et Montesquieu

Destruction de forêt – Remaniement – Perquisition : récit d’une journée un peu particulière

Ce matin, réveil 06h30. Je ne prends pas le temps de me doucher, avale un café et pars de chez moi direction Romainville pour apporter mon soutien aux opposants à la destruction de la forêt de la Corniche des Forts. 8 hectares de forêt rasés et du béton injecté dans les sols pour combler les trous d’une ancienne carrière de gypse, dans le seul et unique but de construire une « base de loisirs ». Un projet anachronique sur lequel j’ai déjà pris le temps de m’exprimer.

Quand j’arrive sur place, des membres des forces de l’ordre nous attendent et surveillent le site. Les opposant longent le chantier sous le bruit assourdissant des bulldozers qui sont décidément plus réveillés que nous. Je décide de les accompagner.

La commissaire du coin est également là. J’en profite pour évoquer avec elle le décès terrible d’un jeune de 13 ans aux Lilas survenu dans la journée de dimanche, après qu’il a été roué de coups de barre de fer par des jeunes de son âge. Elle est aussi inquiète de la situation, me dit qu’elle ne sait pas quoi faire. Je lui parle du manque de moyens humains criant de la police en Seine-Saint-Denis. Elle acquiesce à demi-mots. Pendant ce temps des opposants se faufilent à travers un trou dans le grillage qui entoure le chantier et disparaissent de notre vue.

Les agents partent pour les appréhender, un second groupe rentre à son tour dans la forêt. Avec mes collaborateurs, nous nous interrogeons. Devons-nous les suivre ?

On m’appelle : certains militants n’ont pas leur carte d’identité et risquent donc d’aller en garde à vue. Nous parlons ici de votre grand-mère ou de votre neveu, pas de militants professionnels. Accompagnés de mes collaborateurs, je décide d’enjamber le grillage espérant que mon écharpe soit un signe suffisant pour apaiser la situation.

Nous sommes regroupés par les forces de l’ordre et amenés tranquillement vers une des sorties du chantier. Là, on nous demande nos pièces d’identité et nos informations personnelles sont récoltées en vue d’être convoqués au tribunal correctionnel pour être jugés. Ceux qui n’ont pas de cartes sont finalement relâchés, maigre consolation. Catherine Ringer, très présente sur cette lutte nous applaudit quand nous sortons un par un.

Je consulte mon portable : le domicile de Jean-Luc, celui de ses collaborateurs, le siège du Parti de Gauche et celui de la France insoumise sont en train d’être perquisitionnés. Je tombe des nues. Que se passe t’il ?

A peine le temps de dire au revoir aux militants sur place, de les rassurer sur la suite des événements, que je me retrouve derrière mon collaborateur qui m’emmène rejoindre mes camarades dans le centre de Paris sur son scooter. J’en profite pour regarder les live facebook de Jean-Luc, chez lui, entouré de policiers. Je commence à prendre la mesure de ce qui est en train de se passer.

Nous nous retrouvons devant le siège de la France insoumise, rue de Dunkerque, avec les autres députés du groupe et leurs collaborateurs. Deux policiers nous empêchent de rentrer chez nous, dans notre local ! Personne ne comprend ce qu’il se passe. Ils ne veulent pas laisser entrer B. Pignerol, alors qu’il dirige l’association l’Ere du Peuple. Un des policiers nous dit : « Nous avons perquisitionné tout l’immeuble ». Ce qui est totalement faux, puisque des employés d’autres étages peuvent passer. Par la fenêtre, nous voyons des militants du pôle organisationnel nous appeler désespérément. Les premières caméras arrivent sur place.

Jean-Luc nous rejoint et nous parvenons à négocier d’entrer dans le bâtiment où se trouvent nos bureaux. Munis de nos écharpes de député, nous montons les escaliers et sommons les agents présents devant notre porte de nous laisser entrer dans nos locaux.

Devant leur refus, nous essayons de pousser la porte tant bien que mal. Le ton monte, les esprits s’échauffent ; pourquoi nous barrent-ils la route ?

Soudainement, une autre porte s’ouvre, sûrement grâce à un camarade présent sur place. Ni une ni deux, nous nous engouffrons. Certains d’entre nous sont molestés.

Ce que j’ai vu ensuite relève de l’indescriptible : des hurlements, des bousculades, un policier debout sur une table, d’autres nous poussant, des chaises renversées. Seules les vidéos tournées par nos camarades ou par les journalistes peuvent témoigner du climat de tension présent dans la salle.

Nous sommes dans une salle de réunion du mouvement. La porte qui donne sur le reste de notre local où se déroule la perquisition est gardée par deux policiers à la mine patibulaire qui refusent de laisser Manuel Bompard, le responsable administratif du site, constater les agissements de la police, alors qu’il y est pourtant légalement autorisé.

Jean-Luc fait une déclaration aux journalistes présents. Il fustige à raison les raisons et les conditions de ces perquisitions simultanées qui ont mobilisé une centaine de membres des forces de l’ordre ! Le procureur présent affirme qu’il s’agit d’une perquisition se déroulant dans un cadre légal. Quand on sait que son supérieur hiérarchique direct est la Garde des Sceaux, je me permets d’en douter de façon légitime.

Une personne, qui semble être le responsable de l’opération, nous annonce qu’elle est finie. Nous lui demandons ce qu’ils ont pris, il ne nous répond pas. Ordinateurs ? Portables ? Dossiers ? La seule chose à cacher au siège est le code couleur de nos prochains tracts !

Bien plus grave, cette même personne dont nous ne connaissons ni le nom, ni la qualité nous affirme qu’il finira le Procès-Verbal de la perquisition plus tard. La perquisition se termine donc sans que nous ayons signé d’acte légal. Elle n’a donc aucune existence juridique. La journaliste de France Inter présente est aussi perplexe que nous devant cette absence totale de respect de la procédure.

Ce même « policier » nous lance de façon goguenarde un « on se reverra bientôt », outrepassant ainsi la neutralité qui devrait être sienne en tant que fonctionnaire de l’Etat.

Encore sous le choc, nous nous réunissons en urgence avec les parlementaires. Dehors, les cris de soutien de nos camarades commencent à résonner.

Jean-Luc sort et fait plusieurs déclarations à la presse. Il est 14h, je pars manger un morceau avant de filer à l’Assemblée nationale pour assister à la séance de questions au gouvernement. Je n’ai même pas eu le temps de consulter la presse pour voir ce qu’il en est du remaniement gouvernemental.

J’apprends qu’une ancienne Directrice des Affaires publiques de Danone est nommée secrétaire d’Etat à la Transition énergétique. Le plus grave, c’est que je ne suis même pas surprise. Pire un de ceux dont Emmanuel Todd a pu dire qu’ils étaient des « puceaux de la pensée », Gabriel Attal, est nommé Secrétaire d’Etat auprès du Ministre de l’Education nationale pour bons et loyaux services rendus. Sa mauvaise foi légendaire doublée de la vacuité de son argumentaire lors des débats sur ParcourSup me désole encore. Quand je repense au fait qu’il a enfilé une chasuble jaune pour aller distribuer du courrier pendant une grève des postiers du 92, je reste sans voix.

Je suis dans l’Hémicycle pour écouter la question de Jean-Luc sur les événements de la matinée.

Juste avant lui, un pousse-bouton d’En Marche essaye de faire un pathétique coup médiatique en revenant sur la proposition de loi Les Républicains sur l’accompagnement des élèves handicapés à l’école. Le rejet en bloc de ce texte la semaine dernière avait provoqué la colère saine de mon collègue François Ruffin et avec lui celle de milliers de français qui ne se sont pas gênés pour manifester leur rage à leurs « représentants ». Ces derniers dont les noms ont été diffusés sur les réseaux sociaux, se sont offusqués de cette pratique alors que les votes sont publics. Et oui, il faut savoir assumer ses reniements.

Jean-Luc pose sa question, dénonce une affaire politique, met en lumière les incohérences procédurales que j’ai relatées précédemment. Edouard Philippe lui répond que la justice est indépendante dans le pays et récite les mêmes éléments de langage préparés par les communicants d’En Marche. Les députés de la majorité font standing ovation sur standing ovation. La séance de QAG se termine.

L’examen du Projet de loi de finances recommence. Je défends un amendement de notre groupe pour rendre l’impôt sur le revenu plus progressif en le faisant passer à 14 tranches au lieu de 5 aujourd’hui. Cela permettrait un prélèvement plus adapté aux revenus et donc plus juste. Celui-ci est rejeté, en bloc.

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