Mobilisations lycéennes dans le Val d’Oise : « deux salles, deux ambiances »

Mobilisations lycéennes dans le Val d’Oise : « deux salles, deux ambiances »

Invitée par des enseignants insoumis du Val d’Oise, je me suis rendue ce matin au Lycée Camille Claudel de Vauréal, puis au Lycée Jules Verne de Cergy. Deux lycées mobilisés contre ParcourSup et contre les réformes Blanquer dont l’engagement a été motivé par le mouvement des Gilets Jaunes. Deux lycées qui portent les mêmes revendications politiques mais dont les blocages ont été traités différemment par les pouvoirs publics, c’est le moins que l’on puisse dire.

Le premier, le Lycée Camille Claudel est bloqué depuis plusieurs jours. Tous les matins, bravant le froid de la fin décembre, les élèves se lèvent à 6h30 pour manifester leur opposition aux réformes qui vont bouleverser l’organisation actuelle de leurs lycées. Leurs décisions sont prises en assemblée générale, au cours desquelles ils ont pu élire des porte-paroles, décider de poursuivre le blocage ou envisager leurs actions futures. Tous les matins, une boite à dons circule parmi les présents devant le lycée. Elle permet aux élèves de financer des repas déjeuner pour tout le monde. Le bruit des pièces qui tombent dans cette boite métallique résonne avec le son des guitares et des percussions.

S’ils savent très bien pourquoi ils sont là, les représentants des élèves sont inquiets quant aux suites à donner à leur mobilisation. Lucides, ils savent qu’ils ne pourront pas bloquer éternellement leur lycée et qu’ils doivent déjà penser le coup d’après. Les élèves sont convaincus que la majorité de leurs camarades ne sont pas au courant de ce qui les attend. Déjà cette année, de très bons élèves se sont vu refuser l’entrée dans certains cursus universitaires pourtant de proximité, pour le simple motif que leur lycée ne disposait pas d’un enseignement « attendu » par l’établissement d’enseignement supérieur. Ils ont ainsi pu constater directement les ravages de ParcourSup sur leurs ainés de Terminale.

Contrairement à ce que laisse penser la communication du Ministre, le manque d’information des élèves, de leur famille et même des professeurs est criant. D’où le souhait des représentants de demander une salle auprès de leur mairie, pour faire une réunion d’information réunissant élèves, parents et professeurs.

Nous partons ensuite avec Julien, notre contact sur place, direction le Lycée Jules Verne situé à 5 minutes de voiture, à côté de la gare RER de Cergy le Haut. Nous retrouvons des professeurs dans un café situé en face du Lycée qui lui n’est pas bloqué ; nous n’allons pas tarder à comprendre aisément pourquoi.

La dernière mobilisation a rassemblé de nombreux élèves devant l’entrée du lycée. Comme tout rassemblement incluant des mineurs entre 14 et 17 ans – et même si beaucoup de personnes aujourd’hui aux responsabilités semblent l’avoir oublié -, celui-ci se déroulait dans une joyeuse pagaille. Mais quand les forces de l’ordre sont intervenues pour disperser ce regroupement, les choses ont dégénéré : une élève a été blessée à l’épaule par un tir de flashball ; 13 élèves de 14-15 ans ont passé la nuit en garde à vue ; 3 sont passés en comparution immédiate dès le lendemain et ont été relaxés faute d’éléments ; un jeune a eu 3 points de sutures à la tête après avoir été frappé par un policier. Sa mère inquiète, allant demander aux forces de l’ordre des explications, s’est faite gazer à bout portant. Des injures racistes ont été proférées par des policiers comme en attestent plusieurs professeurs présents ce jour-là.

Je m’interroge : est-ce la seule réponse que nos gouvernants ont à offrir à une jeunesse qui se préoccupe de son avenir ? Le pire est que le résultat probablement escompté s’est produit : suite à un tel déferlement de violences, tout le monde a eu peur de manifester aujourd’hui.

Seule une heure d’assemblée générale au sein du lycée a été concédée par le proviseur pour faire suite à ces terribles événements. Evidemment, c’est plus qu’insuffisant et cela arrive bien trop tard. Mais il me semble évident que le responsable, ce n’est pas lui, c’est sa hiérarchie.

Car partout où je passe, j’entends le même son de cloche. Des consignes auraient été données de ne pas laisser de lieu à disposition pour que les élèves se réunissent, échangent, proposent, encadrés ou non par des membres du corps pédagogique. Le Ministre aurait-il peur du dialogue, lui qui se targue d’avoir mené une concertation nationale ? Pourquoi, dans ce cas, refuser de donner un cadre d’expression à la jeunesse au sein des établissements scolaires ? Car dès que l’on sort de l’enceinte scolaire, le dialogue se retrouve de facto évincé par la violence sous toutes ses formes.

Je ressors de cette matinée de rencontre admirative de cette jeunesse qui se mobilise et de ces professeurs engagés pour l’avenir de leurs élèves mais également craintive de la répression disproportionnée par les pouvoirs publics face à des mineurs qui souhaitent simplement s’exprimer et être entendus.

Je vais demander officiellement au Ministre de s’assurer que partout en France, aucun lycéen ne se voit refuser un lieu de réunion au sein de son établissement.

 

 

 

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