Université : gare à l’étranglement financier, non à la hausse des frais d’inscription !

Le monde universitaire voit rouge : alors que le nombre d’étudiants ne cesse d’augmenter, la mise sous tension financière des établissements conduit trop souvent à une précarisation du personnel administratif et enseignant et à la suppression de filières jugées « peu rentables ».

Pour pallier à cette situation, le gouvernement envisage une hausse des frais d’inscription pour les étrangers hors-UE.

De l’indigence financière à l’indignité morale, il n’y a qu’un pas.

Pourtant l’État doit prendre ses responsabilités et investir davantage dans l’ESR.

Retrouvez le texte de ma question à Mme la Ministre :

Mme Sabine Rubin alerte Mme la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation sur la situation financière préoccupante de nos universités.

Force est de constater que malgré les alertes répétées de mon groupe parlementaire lors du vote des deux précédents PLF, le monde universitaire pâtit grandement des politiques d’austérité des gouvernements successifs et d’un progressif désengagement de l’Etat qui mettent aujourd’hui gravement en péril un monde universitaire déjà budgétairement exsangue.

Ainsi l’Université de Lille a dû procéder à des coupes sombres dans ses effectifs pour pallier au déficit qui l’accable : une cinquantaine de postes gelés pour les personnels administratifs et les enseignants-chercheurs.

La précarisation du monde universitaire s’explique également par cette mauvaise santé financière : en l’absence d’une dotation suffisante par l’Etat, les Universités préfèrent avoir recours à des vacataires et contractuels.

A titre d’exemple, un maitre de conférence en début de carrière « coute » environ 24 600 euros par an, contre à peine 7800 pour un vacataire.

Les causes de cette mise sous tension financière sont multiples.

Tout d’abord un investissement insuffisant au regard de l’augmentation prévisible du nombre d’élèves : si entre 2010 et 2016 le nombre d’étudiants a augmenté de près de 12.7%, les effectifs d’enseignants-chercheurs n’augmentaient eux que de 0.2%.

A cela il faut encore ajouter la reprise d’une inflation en 2018 qui grignote inexorablement les maigres compensations obtenues.

Mais c’est surtout de manière structurelle que le problème se trouve posé : la France consacrait en 2015 à peine 1.5% de son PIB à l’Enseignement supérieur et à la Recherche, contre 2.3% en moyenne au sein des pays de l’OCDE.

Le gouvernement entend pallier ce déficit des universités en augmentant les frais de scolarité pour les étrangers hors UE. Or une telle mesure n’est pas sans poser de graves problèmes au regard du principe de la gratuité de l’accès à l’enseignement que garantie pourtant notre Constitution, et cela à tous les échelons.

Une telle augmentation serait également de nature à renforcer les inégalités entre établissements, certaines filières étant plus attractives que d’autres pour les étrangers hors UE.

D’ores et déjà Rennes 2, Lyon 2, Aix-Marseille, Paris-Nanterre et Clermont Auvergne ont annoncé qu’en l’absence d’une véritable concertation avec le Ministère, elles n’appliqueraient pas cette mesure qui contrevient à notre conception républicaine de l’Enseignement supérieur.

Par ailleurs, le relèvement des frais de scolarité pourrait également conduire à un désengagement supplémentaire de l’Etat, trop heureux de se décharger de certaines de ses obligations et missions essentielles.

C’est aussi ouvrir la porte à un recours accru au prêt bancaire de la part des étudiants pour financer leurs études, avec les conséquences dramatiques que l’on a pu déjà observer aux Etats-Unis, où l’emprunt étudiant épuise les élèves issus des classes populaires et moyennes, et nourri une bulle spéculative qui représente un grave facteur d’instabilité pour l’économie du pays.

Au regard de ces nombreux éléments qui nous alarment sur l’avenir de notre jeunesse, Mme Rubin souhaite donc savoir quelles mesures de financement votre Ministère mettra-t-il en place afin de pallier à la situation financière préoccupante de nos Universités ?

You may also like...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :