CONTRÔLE, RÉPRESSION ET COMPÉTITIVITÉ : J’AI MAL A MON ECOLE

Lire mon intervention :

Monsieur le Président,

M. Le Ministre,

Mesdames les rapporteures,

Mes che-r-es collègues,

Lors de l’examen en commission de cette loi « Pour une école de la confiance », vous avez dit en substance que l’Education devait faire consensus, qu’il n’y avait rien de politique.

A défaut d’être surprise, j’avoue avoir été estomaquée par cette déclaration qui contredit d’ailleurs M. Macron.

Pour rappel, lors de son annonce sur l’instruction obligatoire à 3 ans, celui-ci a déclaré – à juste titre -: « …  il y a toujours quelque chose d’éminemment politique au sens le plus noble et plus profond du terme, lorsqu’on parle en effet de l’Education, parce que c’est là qu’on construit la société qu’on a à faire et qu’on veut voir ».

Nier cette lapalissade, Monsieur le Ministre de l’EN, est soit un manque d’ambition liée à une absence notable de vision pour une école qui devraient répondre aux urgences sociétales d’aujourd’hui et de demain ; soit une hypocrisie qui – derrière un imbroglio de mesures techniques et hétéroclites – masque l’idéologie qui guide votre politique. 

Mais il est fort probable que cette affirmation – comme toute la politique du gouvernement – résulte des deux phénomènes : un manque de vision en raison d’un aveuglement idéologique.  

Permettez-moi de dévoiler à nouveau cette idéologie et d’en rappeler les principales caractéristiques : C’est le libéralisme économique, et son hostilité aux services publics doublée du culte de la rentabilité et de l’efficacité. 

En matière d’Ecole, cela donne une start-up Education dont les titres de votre projet de loi traduisent bien l’esprit et les priorités : 

« garantir les savoirs-fondamentaux pour tous » soit le moint disant en matière d’instruction.

«Innover pour s’adapter aux territoires » – et non pour adapter la pédagogie à des jeunes que le biberonnage au numérique (entre autre) ne prédispose pas aux vieilles formes d’apprentissage

Améliorer la gestion des RH, c’est-à-dire trouver une ressource adaptable à des conditions de travail qui entament les plus sincères vocations de ces « hussards noirs »

Simplifier le système éducatif, c’est-à-dire réduire – entre autre – le nombre des académies, et donc les personnels administratifs et la proximité.

Et bien sûr, cette start-up doit renforcer l’évaluation : celle des élèves ; celle des professeurs et celles des établissements.

Ainsi, vous profitez de cette loi qui rend obligatoire l’instruction dès trois ans, pour détricoter l’organisation républicaine de l’école au profit d’une logique managériale des établissements et du personnel.

Finalement, c’est la philosophie du rapport CAP 22 – qui entend faire des économies et transformer l’action publique en s’inspirant du privé – qui conditionne votre loi : il ne s’agit plus de dégraisser le mammouth sinon d’accélérer la saignée, entamée par vos prédécesseurs, et ce jusqu’à l’asphyxie. 

Car tout le monde étouffe dans vos écoles. Le savez-vous ? Connaissez-vous la réalité dans vos établissements scolaires ? Non pas cette réalité édulcorée et aseptisée par vos collaborateurs et par les cabinets préfectoraux quand ils préparent vos déplacements et visites officielles. Non pas celles des rapports d’experts ? Car, c’est une chose de savoir depuis les salons feutrés de votre beau ministère. C’en est une autre que d’éprouver ce que vivent au quotidien les communautés éducatives. 

Permettez-moi de le rappelez.

D’abord les enseignants. Déjà abasourdis par les réformes successives de chaque nouveau Ministre, vous leur infligez– à votre tour – votre réforme du lycée et du bac.  

Ils en ont le tournis pour reprendre leur terme : prendre en charge à l’aveuglette l’orientation des élèves ; les évaluer perpétuellement, par compétences, par discipline, par note, par lettre ; se diviser entre plusieurs établissements pour répondre à la baisse des dotations horaires globales de chacun et à la complexité des emplois du temps imposées par ces réformes ; s’adapter à un Xième changement de programme, rarement réalisable ; assurer des heures de réunion à n’en plus finir ; et enfin faire face – de plus en plus souvent – seuls et en silence – aux difficultés sociales et comportementales de certains jeunes, de plus en plus jeunes, dans des classes de plus en plus surchargées. 

Voilà leur quotidien. Et pour les remercier de tant de flexibilité et d’adaptabilité, vous gelez leur point d’indice et ajoutez un jour de carence.

Ensuite, il y a les élèves. Ils sont de plus en plus nombreux à ne plus trouver de sens, ni d’intérêt à cette école ; ils sont comme inadaptés à sa forme, à moins que cela ne soit l’inverse ! Décrocheurs, silencieux ou bruyants, cette école leur offre peu de solutions, peu d’accompagnement, peu d’alternatives sinon des conseils de discipline ou autres mesures sécuritaires comme la vidéo-surveillance dans deux lycées du sud de la France.

 Si nous connaissons les fantasmes sécuritaires de M. Estrosi, est-ce que vous, Monsieur le Ministre, vous validez ce pas en avant vers une société de contrôle totalitaire ? Vous avez refusé en commission toutes nos propositions d’expérimentation en matière pédagogique mais vous laissez libre cours aux délires de la droite sécuritaire.

Où sont le personnel de la vie scolaire, les assistantes sociales, les psychologues de l’EN, les enseignants spécialisés en nombre suffisant ; toute cette présence humaine indispensable pour aider ces jeunes, leur famille et soulager ainsi les professeurs?

Votre aveuglement vous rend-il donc sourd aux légitimes revendications de cette communauté éducative dont je viens de rappeler le quotidien ? 

Le 5 février dernier, lors de la mobilisation du Mouvement syndical interprofessionnel, j’ai pu lire les banderoles des personnels de l’Education nationale réclamant la hausse des salaires, le rattrapage du pouvoir d’achat bloqué depuis 2000 et l’embauche de personnels à la place de la suppression de postes prévue dans le budget 2019.(+ 1800 dans le primaire et – 2600 dans le secondaire soit un solde négatif de 800 sans parler des administratifs).

Des éternels grincheux, qui ne défendent plus qu’eux-mêmes, me direz-vous à propos de ces syndicats.

Pas vraiment. Lors des assemblées générales académiques qui se sont tenues fin janvier dans toute la France, leurs revendications allaient bien au-delà de leurs propres intérêts. Ils réclament aussi le retrait de ParcourSup et de la loi ORE, ainsi que l’abrogation des réformes du Bac et du Lycée. 

Ils dénoncent l’esprit de ces réformes qui consiste à enfermer si tôt (dès 15 ans) des jeunes dans des ornières d’enseignement qui leur barreront l’accès – s’ils changent d’avis – à certains cursus du supérieur.

Ils découvrent le caractère inégalitaire (s’il le fallait encore) de cette école à la carte qui n’offrira pas le même menu à tous les élèves. 

Ils s’indignent de l’absence de lisibilité et de moyens pour la mettre en place. 

Quant à ce projet de loi, ils en demandent également le rejet, que j’ai l’honneur de porter. 

Je vous assure avoir bien saisi votre façon de passer outre leurs avertissements et leur expertise. 

Je signale seulement que ce projet pour une « Ecole de la confiance » a réussi le tour de force de dresser contre lui la quasi-totalité des syndicats qui siègent au Conseil Supérieur de l’Education. 

Le vieux monde qui résiste au changement, me direz-vous encore ? 

Pourtant, ces mêmes revendications sont portées par un autre mouvement, hors du cadre syndical classique, le mouvement des stylos rouges. Certains de leurs témoignages sont édifiants. L’une d’eux raconte « On paie de notre poche des plastifieuses, des cartouches, des imprimantes, des livres, donnez-nous les moyens d’acheter du matériel ! » Comment ne pas voir ici une similitude avec d’autres fonctionnaires, obligés eux aussi de s’acheter eux-mêmes leur équipement de travail.

Mais votre gouvernement est moins prompt à répondre aux doléances des enseignants, pourtant parmi les plus mal payés par rapport à leurs collègues des pays membres de l’OCDE, pour un temps d’instruction plus long et des classes plus surchargées. 

Vous n’écoutez pas ce personnel éducatif, ni dans les instances représentatives nationales, ni lorsqu’ils défilent dans la rue. Vous les forcez donc à choisir d’autres formes d’actions. Dans ma circonscription par exemple, A Noisy le Sec et à Bondy, les lycées Jean Renoir et Olympe de Gouges sont en grève continue depuis ce mardi 5 février. A Toulouse, ce sont 130 professeurs qui ont démissionné de leurs responsabilités de professeurs principaux. Ils n’ont pas envie de supporter une partie non négligeable de votre réforme du lycée, à savoir l’orientation des élèves, jusque-là assurée par les PsyEn et par les CIO que vous avez respectivement supprimés et fermés – quand l’orientation devient votre priorité en même temps qu’un véritable casse tête.

Ces enseignants hurlent leur désespoir non seulement  face à la détérioration de leurs conditions de travail, mais face à la détérioration des conditions de travail de leurs élèves et à l’avenir que vous leur réservez.

Ces derniers ont d’ailleurs eux-aussi compris à quelle sauce ils allaient être dévorés par la machine à tri impitoyable que vous instaurez.

Ils se sont mobilisés au printemps dernier à ce sujet.

Avec une répression sans précédent, votre gouvernement a utilisé une loi sécuritaire – censée viser des bandes violentes – pour mater les velléités démocratiques de notre jeunesse. 

Est-ce là les méthodes de l’école de la bienveillance et de l’accompagnement à l’apprentissage démocratique. Est-ce par des humiliations comme à Mantes-la-Jolie que vous pensez préparer la jeunesse à la vie démocratie ; est-ce par des gaz lacrymogènes et des flash-ball que vous comptez museler leur contestation. L’une de ces armes a d’ailleurs broyé – il y a 10 jours – le pied d’un jeune représentant syndical, que vous connaissez bien Louis Boyard. M. Castaner a d’ailleurs honteusement remis en cause ce qui s’était passé, véhiculant ainsi fake news sur fake news.

Est-ce par des contrôles d’identité interminables, des gardes à vue à la limite de la légalité et des mises en examen de mineurs que vous pensez forger leur esprit critique. Je vous rappelle les arrestations de mai dernier au lycée Arago : 102 lycéens et étudiants parqués pendant 8 heures dans deux cars de police sans manger, ni boire ni se rendre aux toilettes. Certains parents n’ont été informés de la détention de leur enfant mineur que 15h après leur interpellation ! 

Les mobilisations ont repris en décembre : des blocages. Toujours aussi peu d’écoute mais des interdictions de droit de réunion ; toujours les mêmes brimades, toujours les mêmes délires orwéliens. Et dire que votre gouvernement a soutenu – comme quasi tout le monde sur les bancs de cette assemblée – une loi contre la violence ordinaire que représente la fessée ! 

Autoritaire, inégalitaire et « austéritaire », voilà l’esprit de vos réformes et de votre politique passées ; voilà encore celui de cette proposition de loi à venir. 

Autoritaire, dans la méthode pour commencer : car c’est sans consultation que vous acceptez d’introduire – au détour d’un amendement – la création de nouveaux établissements, les établissements des savoirs fondamentaux (soit ces écoles du socle, qui bousculent totalement l’organisation scolaire. 

Les écoles maternelles et primaires pourront maintenant fusionner avec leur collège de rattachement, créant ainsi des super structures éducatives. Après les hôpitaux usines ; les écoles, usines !  

Je précise : nous ne sommes pas hostiles à des changements profonds de l’organisation du système, au contraire ! si c’est au service des apprentissages et d’un bien-être à l’école. 

Mais aucune évaluation sur les expérimentations déjà menées sur l’école du socle – et donc aucune certitude – ne permet de confirmer la pertinence pédagogique de cette organisation qui viserait à faciliter le passage du primaire au secondaire.

En vérité, seule, la mutualisation des moyens  vous préoccupe. 

Peu vous importe la désertion des établissements publics d’enseignement dans les zones rurales, sur laquelle la communauté éducative et l’association des Maires Ruraux vous alerte.

Peu vous chaut l’importance de la proximité ; 

Peu vous intéresse le sort des directeurs d’école, ces professeurs des écoles qui deviendront les sous-fifres administratifs des principaux de collèges. Ils pourront d’ailleurs être recrutés contractuellement comme le prévoit d’ores et déjà l’article XV de cette proposition de loi.

Autoritaire sur la méthode /mais aussi le fond maintenant. Et l’article 1 donne le ton !

Bienvenue dans l’Ecole de la confiance qui étend le droit de réserve des cadres de votre administration aux enseignants qui devront maintenant être « engager et exemplaires pour créer le lien de confiance entre les élèves, la famille et le service public de l’éducation ». Qu’est-ce à dire ? Toute contestation, toute critique de votre politique ou de l’institution – même sur les réseaux – serait susceptible de sanction? 

Vous aviez promis la reformulation de cet article ; vous avez simplement garanti que soit respectée la jurisprudence associée aux statuts des fonctionnaires.

Quelle confiance également quand cette proposition de loi imprime la main mise du ministère sur l’évaluation de sa propre politique !

Par l’article 9, vous créez en effet une nouvelle instance d’évaluation – le Conseil d’évaluation des écoles  – qui sera composée de 10 personnes sur 12 choisies par vous ou vous représentant. A-t-on jamais vu que l’évalué choisisse son évaluateur ?

Car s’il était nécessaire d’élargir les évaluations, notamment celles qui mesurent les « inégalités territoriales » comme le texte l’admet lui-même, pourquoi ne pas avoir confié ces nouvelles évaluations au CNESCO, cet organisme indépendant (trop indépendant) par sa composition. 

Et d’ailleurs que va devenir la partie recherche de cet organisme dont les travaux – trop souvent méconnus – alimentent pourtant la réflexion et l’indispensable débat sur l’école. Transformé en chaire au CNAM dites-vous ? Pourrez-vous nous préciser les moyens alloués à cette chaire car nous craignons que ce soit une façon de l’enterrer ?

Autoritaire et centralisateur encore, vous faites passer par ordonnance le réaménagement territorial des circonscriptions académiques et des services déconcentrés ; par ordonnance aussi le simplification, la redéfinition, l’adaptation de  l’organisation, le fonctionnement et les attributions des Conseils d’éducation nationale. Vos mains sont libres pour gérer l’organisation scolaire selon votre logique d’entreprise : la rationalité

Il n’est pas jusqu’aux expérimentations, – à ce jour objet d’une seule validation par les autorités académiques – que vous ne souhaitez contrôler par décret. 

Drôle de confiance que de décider de tout ; de tout centraliser au moment où – en même temps – vous générez partout des différences, (à l’exception de la formation des enseignants que vous souhaitez – c’est de bon sens – homogénéiser.

Plutôt que de donner partout les moyens pour l’excellence et la diversité des expérimentations pédagogiques, votre logique consiste à générer partout  des établissements différents, des spécificités et donc des inégalités, notamment  territoriales.  

C’est probablement cet éparpillement que vous souhaitez contrôler. Mais celui-ci fait fi des fondements de notre école Républicaine, laquelle doit garantir un cadre commun et l’égalité d’accès à la même éducation et à la diversité des outils pédagogie ; égalité des moyens.

On s’éloigne de ce principe avec la réforme du lycée et du bac : chaque établissement aura ses spécialités. 

Ce sera aussi le cas avec les fameuses écoles du socle – déjà évoquées –Tout le monde ne sera pas à la même enseigne s’il vit à la campagne ou à la ville. Les uns seront dans de vastes cités éducatives à distance de leur domicile ; les autres dans des écoles à échelle humaine et à proximité. 

D’une autre manière, la création (à l’article 6) des Ecoles Internationales s’inscrit dans cette logique. Vous actez la possibilité de créer des écoles d’excellence pour les uns plutôt que de la garantir partout comme nous le réclamerons d’ailleurs. Vous actez par la loi ce qui existe déjà : 80% des élèves de polytechnique viennent de seulement 10 lycées.

Voilà pour l’inégalité. Et maintenant l’austérité.

Votre obsession austéritaire – comme celle de vos prédécesseurs – vous empêche de penser des solutions pérennes et efficaces à la crise des vocations qu’elle a générée et qui pose maintenant des problèmes de recrutement. C’est pourtant là un axe majeur.

Votre budget – difficilement négocié avec Bercy – ne permet ni de revaloriser le salaire des enseignants, ni de conforter leur statut ni d’ouvrir suffisamment de postes.  Alors vous entérinez par la loi ce qui se fait déjà : la mise en situation d’enseigner de jeunes assistants d’éducation qui se destineraient à l’enseignement mais qui sont- à peine formés et qualifiés pour cela. Ces jeunes – payés au lance pierre – pourront assurer les remplacements voire les postes manquants dès la licence. Ce n’est pas sérieux.

Pour notre part, nous préférons une autre formule de pré-récrutement : dès l’entrée de l’université, les jeunes souhaitant se destiner au professorat seront payés pour se former et pourront s’exercer à enseigner sous le contrôle – et exclusivement sous le contrôle – de personnels expérimentés. 

Dans cette même veine d’une gestion libérale des RH, vous actez la possibilité de recruter des contractuels – hors statut de la fonction publique – sur tous les profils : personnel d’éducation, psychologue, direction d’établissement.  Quelle garantie d’homogénéité dans les profils ; quelle sécurisation de la fonction. Depuis plus de 20 ans, le nombre de contractuels ne cessent d’augmenter. Maintenant, vous en faites un principe, détricotant ainsi, le service public de l’Education.

 Monsieur le Ministre, je vous le dis sans ambages : vos mesures, vos réformes, et cette proposition de loi organisent une école conforme à la société d’aujourd’hui : une école à deux vitesses, l’une que vous appelez « l’excellence » ; l’autre, pour les laisser pour compte. Ce n’est pas la société de demain à laquelle nous aspirons.

Celle-ci devra être tout à la fois socialement juste, démocratique et écologique.

Pour cela, l’école doit permettre à tous, bien évidemment, d’acquérir les savoirs fondamentaux. Mais elle doit aussi favoriser un esprit vif et curieux, critique et civique ; former de futurs citoyens qui aient le gout de l’initiative, de l’autonomie plutôt que de futures machines à produire, à consommer et à obéir ; et bien sûr, de futurs professionnels qualifiés. 

Cette école au service de l’épanouissement et la formation de notre jeunesse – ne saurait souffrir d’un horizon comptable et étriqué. Notre contre-budget – qui ne fait pas l’économie du problème financier – permettrait d’élargir cet horizon.

C’est dans ce contexte que – pour ne pas nous confiner à une posture protestataire – nous serons également une force de propositions tout à fait crédible. Des propositions qui ébauchent un chemin alternatif. 

En voici quelques unes.

Une école pleinement républicaine, c’est d’abord une école qui fasse de l’égalité pour toutes et tous un impératif de chaque instant.

Et donc d’abord réaffirmer le principe de gratuité, par exemple en l’étendant aux fournitures scolaires et supports pédagogiques.

C’est aussi un principe de neutralité : il est aujourd’hui absurde d’imposer Microsoft dans nos écoles alors que le développement du logiciel libre permet un nouveau rapport aux savoirs.

C’est enfin l’égalité d’accès pour tous : il est scandaleux que des enfants en situation de handicap puissent voir leur parcours scolaire contrarié pour ce seul fait.

Outre les conditions d’accessibilité matérielle, il y a la nécessité des conditions d’accompagnement humain.

Permettez-moi de saluer ici la ténacité des AESH : chargés d’accompagner les élèves en situation de handicap, ils sont aujourd’hui délaissés et méprisés. Ils réclament d’être enfin reconnus comme fonctionnaire, bénéficiant d’une paie décente et d’une formation qualifiante. 

Une école accessible, c’est aussi une école agréable, qui réunit les meilleures conditions favorisant l’apprentissage et le libre développement des facultés de chaque élève. 

En faisant de dédoublement des classes de CP puis de CE1 votre priorité – dans des conditions sur lesquelles je ne reviendrai pas – vous admettez qu’il y a une nette corrélation entre le nombre d’élèves par classe et l’ambition d’une réussite pour tous. 

Des classes surchargées donc, ce sont des élèves moins attentifs, un suivi moins régulier et moins personnalisé de l’élève, un professeur qui peine à assumer son autorité et à assurer en toute tranquillité ses cours. 

C’est pourquoi nous proposons que soit expérimenté des classes de 20 élèves pour les maternelles et primaires, ainsi qu’au sein des lycées professionnels et technologiques ; ce seuil soit porté à 25 élèves par classe pour les lycées généraux. 

Je suis certaine que des classes et des établissements à échelle humaine seront favorables tant aux élèves qu’aux personnels enseignants. 

J’aimerais maintenant m’attarder sur un volet largement oublié – quand il n’est pas ouvertement méprisé – de notre Education nationale : la filière professionnelle. 

Il faut développer l’enseignement professionnel sous statut scolaire et non sous l’autorité du Ministère du Travail : l’élève (même en apprentissage) ne doit pas être considéré comme un salarié comme un autre, voire un salarié  plus corvéable et moins couteux qu’un autre. C’est dans cet esprit que, nous proposerons la proscription du travail de nuit, son interdiction étant le fruit d’une longue conquête.

Enfin, la valorisation de ces filières – qui préparent les indispensables techniciens de demain -, exige (à contrario de ce que vous proposer) d’y maintenir un enseignement général suffisant qui dispense à tout élève une solide culture. 

Pour que l’école soit en phase avec les défis du XXIème, elle ne peut passer à côté d’un des enjeux majeurs de notre temps : l’urgence climatique et la transition écologique.

La France, 2ème territoire maritime, doit savoir jouer de ses atouts, et impulser un effort considérable en matière d’investissement et de formation. 

Pour cela, nous proposons que chaque département littoral dispose d’un lycée spécifiquement dédié aux métiers de la mer. Il s’agit d’anticiper et d’accompagner la mutation de notre modèle productif.

De même qu’- au 19ème siècle – il a fallu un extraordinaire volontarisme de la part de notre République pour diffuser ses propres principes à toutes les couches de la population, de même nous devons maintenant nous atteler à faire germer dans toutes les consciences le souci de préserver un écosystème compatible avec la vie humaine. 

Car si notre modèle productif doit changer, notre modèle de consommation doit impérativement être transformée pour prévenir la culture du jetable, de l’obsolescence accélérée, des produits standardisés et aseptisés. 

Il faut absolument développer les enseignements relatifs à l’écologie, et favoriser partout l’éducation à l’alimentation pour lutter contre la malbouffe. 

A cette instruction par la parole, l’école devra ajouter l’expérience, et graver de nouveaux habitus, assurant les conditions matérielles d’une véritable égalité en matière d’accès à une alimentation saine, variée et de qualité. 

Les enfants issus de ménages modestes n’ont pas toujours accès aux produits bio, trop couteux tant que l’on ne révolutionnera pas notre modèle agricole.

Il faut donc introduire la cantine bio à tous les échelons, afin de combattre un habitus qui nous vient notamment d’un matraquage publicitaire tout azimut auquel les plus jeunes sont particulièrement vulnérables. 

Mais aussi lutter contre le réchauffement climatique en assurant pour tous un plat végétarien, respectueux des nouvelles habitudes alimentaires, soucieux de réduire notre consommation carnée.

Dernier volet de nos propositions : l’apprentissage de la démocratie. Au moment où l’individualisme et le mercantilisme semblent prendre le pas sur toute forme d’engagement collectif – d’ailleurs de plus en plus réprimé -, nous souhaitons faire du lycée l’antichambre de la démocratie dans notre société. C’est le sens d’une proposition de loi que j’ai déposé et dont j’ai traduit les dispositions en amendements. 

Lorsque l’on découvre les instances démocratiques lycéennes existantes – au niveau du lycée, de l’académie ou bien nationale – on comprend que les lycéens et à la communauté pédagogique les délaissent. Comment donner envie à des lycéens de s’engager s’ils ne sont consultés que pour la forme, si leurs idées ne sont pas retenues ou seulement sur des sujets très à la marge, très secondaires ? 

Nous proposons d’instaurer une Co-présidence de chaque instance lycéenne : élu lycéen et le proviseur, le recteur ou le ministre. Nous proposerons également la participation d’un élu lycéen au projet pédagogique de son établissement et au Conseil supérieur des programmes ; la consultation des Conseils académiques lycéens à chaque projet de loi émanant du ministère de l’Education ; la transparence des débats au Conseil national de vie lycéenne.

Autre volet indispensable de toute forme de démocratie, la formation. A quoi bon faire participer des élèves à la vie et au fonctionnement d’un lycée s’ils ne comprennent pas un budget ou les différentes responsabilités juridiques ? Nous proposerons de rendre obligatoire des demi-journées banalisées pour les lycéens, consacrées au rôle du Conseil de vie lycéenne et à la compréhension du fonctionnement d’un lycée. Pareillement, pour favoriser l’implication de la communauté pédagogique nous proposons d’ajouter le sujet de la démocratie lycéenne à la formation de tous les futurs des personnels éducatifs. 

Nous proposerons également la remise à plat du financement des syndicats ; de nouvelle modalités pour obtenir l’autorisation de réunions des lycéens ; une existence législative aux Maisons des lycéens pour permettre leur essor et toute une série d’amendement favorisant et facilitant le droit d’expression en toute autonomie.

Monsieur le Ministre, pour conclure, j’aimerais revenir sur le titre de votre loi : comment pourrions-nous vous faire confiance quand en Ariège, sur les 332 communes du département, 60% n’ont déjà plus d’écoles..

Comme d’habitude, on est face à de la pure Novlang. Comment pourrais-je d’ores et déjà vous faire confiance quand se trouve confirmé hier – par la presse – que le dédoublement tant vanté des CE1 pour l’année prochaine – n’aura pas lieu partout comme annoncé (comme la guerre de Troie) dans mon département de la Seine-Saint-Denis.

Pour toutes ces raisons, le Groupe la France Insoumise demande le rejet de ce texte.

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