Bénin : le Talon de fer

Nous avons reçu une délégation d’opposants béninois du PCB, PLP, et USL, en exil suite aux élections tronquées, aux assassinats de manifestants, et aux arrestations arbitraires. Quand le gouvernement sortira-t-il de l’ambiguïté pour condamner enfin ces graves entorses à l’État de droit, comme il n’hésite pas à le faire pour d’autres régimes ?

J’ai interrogé Jean-Yves Le Drian à ce propos :

Mme Sabine Rubin appelle l’attention de M. le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères sur l’attitude du gouvernement vis-à-vis du régime béninois.

Patrice Talon, président de la République du Bénin depuis 2016, et investisseur de longue date dans les campagnes électorales de son pays, a progressivement attribué à sa société privée les marchés les plus rentables, notamment ceux ayant trait au coton, et jusqu’à certaines activités censément régaliennes, comme la collecte des recettes douanières.

Il est également à l’origine d’une série de lois liberticides, supprimant ou restreignant par exemple le droit de grève pour des secteurs entiers de l’économie, et laissant donc les travailleurs plus vulnérables que jamais face à leurs employeurs. Le terrorisme, dont une actualité brûlante nous rappelle la présence au nord du pays, est également alimenté par sa décision d’abandonner la sécurité du parc de la Pendjari à des milices privées.

Hautement impopulaire, il a également attenté au processus électoral ; sa majorité, composée pour l’essentiel de députés issus d’autres formations, constitue de fait un parti unique : pour exister, un parti doit disposer de plusieurs sièges dans différentes régions, justifier de mille cinq cent adhérents, déposer en son nom, c’est-à-dire sans construire d’alliance, l’équivalent de trois cent mille euros en caution, puis recevoir un certificat de conformité que seul peut délivrer le ministre de l’intérieur.

Le pays compte aujourd’hui plus d’une vingtaine de détenus politiques, arrêtés pour certains dans les hôpitaux à l’issue de manifestations réprimées, auxquels s’ajoutent les opposants vivant clandestinement dans leur propre pays, ceux ayant trouvé refuge en France, et ceux s’étant exilés dans les pays voisins.

Pourtant, le lundi 5 mars 2018, le président de la République française déclarait que Patrice Talon était “le bienvenu en France”, et qualifiait le Bénin de “stable” et “démocratique”, avant d’évoquer les multiples investissements français sur place, c’est-à-dire l’assurance crédit de cent soixante-quinze millions d’euros de la Banque Publique d’Investissement pour la construction du centre hospitalier de Cotonou, et les cent un millions de l’Agence Française de développement, visant censément à développer le tourisme et à lutter contre le dérèglement climatique.

Outre ces participations de la puissance publique, de grandes entreprises françaises ont investi au Bénin, comme le Club Med, ou encore le groupe Safran, Deloitte, et Orange. Aux déclarations du Président de la République française s’ajoute celle du ministère des Affaires étrangères qui, le vendredi 3 mai 2019, après que l’armée béninoise a ouvert le feu sur une foule de manifestants pacifiques, renvoyait dos à dos l’opposition et le gouvernement en appelant “tous les acteurs politiques à faire preuve de retenue”.

M. le ministre compte-t-il condamner plus fermement et sans ambiguïté les exactions du régime de Patrice Talon, comme il n’hésite pas à la faire pour d’autres régimes, et envisage-t-il des pressions économiques par le biais d’entreprises françaises bénéficiant d’aides publiques de l’État, afin d’aider à ce que soit retrouvé le chemin du dialogue et de la démocratie ?



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1 Response

  1. sessi victor dit :

    Nous souhaitons vivement que la France rétablisse l’état de droit dans notre pays en rappelant le régime de la rupture à arrêter avec le comportement de ruse et de rage. Tout en mettant la vraie pratique de la démocratie pluraliste et social au Coeur des décisions politiques. Nous voulons la paix , la libération de Boni Yayi et les détenus politiques, le retour des exilés politiques et le rétablissement des Agents de l’État recrutés sur concours. L’annulation de toutes les lois liberticides.

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