Réforme Blanquer et sortie scolaire : une laïcité dévoyée

J’ai récemment reçu de nombreux messages de la part de concitoyens s’inquiétant de l’adoption par le Sénat d’un amendement visant à exclure des sorties scolaires toutes personnes affichant un « signe religieux ostensible ».

Ce dévoiement du principe de laïcité recouvre à mes yeux une attitude profondément islamophobe, qui fait fi de la réalité de nos territoires et participe pleinement du climat d’exclusion et de discrimination visant nos concitoyens de confession musulmane.

Voici ma réponse :

Bonjour,

Vent debout contre la réforme Blanquer, je partage pleinement votre indignation vis-à-vis de l’amendement déposé par les sénateurs du groupe Les Républicains et voté en première lecture par une majorité au Sénat.

Cet amendement entend exiger des accompagnatrices et accompagnateurs des sorties scolaires une « neutralité » quand à l’expression de leurs convictions, en excluant les personnes affichant « des signes religieux ostentatoires ».

Je ne suis pas dupe d’une grossière manœuvre qui, sous prétexte de laïcité, participe en réalité de la stigmatisation de certains de nos concitoyens.

La laïcité ne doit pas se confondre avec la stigmatisation de tel ou tel groupe de croyants : c’est un principe de séparation des Eglises et de l’Etat garantissant la liberté de conscience et de culte.

Un amendement qui plus est parfaitement hypocrite lorsque l’on sait que l’Éducation nationale participe largement au financement des établissements confessionnels privés.

A titre d’exemple, ce financement représentait près de 7 milliards d’euros en 2013 pour le budget de la Nation.

Attachée à l’école laïque, gratuite et obligatoire, je suis opposée à un amendement qui caricature nos principes républicains et se nourrit du climat ambiant d’islamophobie.

Pour reprendre à mon compte les propos du ministre du Front Populaire Jean Zay, l’école devrait être « un asile où les querelles d’hommes n’entrent pas ».

Je suis également sensible à nombre de vos arguments : non les accompagnants scolaires ne sont pas de représentants mais bien des usagers du service public, et à ce titre ils ne sont pas tenus à l’observation d’un strict principe de neutralité.

En l’état, exclure certains accompagnateurs ou accompagnatrices c’est attenter au bon fonctionnement de notre Education nationale en pénalisant certains élèves et territoires alors que l’on manque parfois cruellement de volontaires pour mieux encadrer les sorties scolaires.

Luttant depuis toujours contre toutes les formes de discrimination, je suis favorable à toutes les initiatives permettant de dresser un tableau plus précis des stigmatisations frappant certains de nos concitoyens afin de mieux les combattre.

Cependant le règlement de l’Assemblée nationale encadrant strictement la proposition d’enquête parlementaire, je ne dispose que d’un seul droit de tirage.

Ayant je l’espère répondu à vos questions et restant à votre disposition,

Bien cordialement,

Sabine Rubin

Députée de Seine-Saint-Denis.



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1 Response

  1. Pascal dit :

    On nous dit ce sujet dynamité, il faut donc du courage pour exprimer clairement que cette proposition de loi est scandaleuse, bravo à vous Madame Rubin de faire preuve de ce courage qui manque cruellement du côté des Parlementaires et Sénateurs. Il est que ces gens ont un agenda qui ne coincide que rarement, voire jamais, avec les intérêts du pays. Alors qu’il faudrait inclure, certains politiques engrangent des voix en excluant à tour de bras. Honte à eux.

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