Récit de mon déplacement au centre d’hébergement pour réfugiés du Pré Saint Gervais

Avec le Directeur du CPH

Ma visite au Centre Provisoire d’Hébergement (CPH) du Pré-Saint-Gervais

En lien avec le débat sur l’immigration orchestré par Emmanuel Macron ce jour, j’ai été invitée par l’Association Aurore (Aurore est une association d’utilité publique qui gère plus de 2000 places d’hébergement en IDF) à visiter le plus gros des trois centres provisoires d’hébergement (CPH) de Seine-Saint-Denis situé dans ma circonscription au Pré Saint Gervais. J’ai évidemment répondu favorablement à cette invitation afin d’aller voir de mes propres yeux cet accueil des réfugiés que le Président ose qualifier de digne.

Avec Macron, notre tradition de l’accueil est supplantée par le royaume de la suspicion.

Ancienne auberge de jeunesse rachetée et transformée par l’association Aurore en centre d’hébergement, ce double bâtiment comprend une quarantaine de chambres d’une surface de 9 à 12m2, que les personnes hébergées n’ont pas d’autres choix que de partager à 3 voire 4 personnes. Les toilettes et les douches, elles, sont sur le palier. 125 hommes seuls sont hébergés, la moitié d’origine soudanaise et l’autre originaire d’Afghanistan.

Il y a plusieurs mois, les titres de séjours pour soins qui étaient jusqu’ici examinés par un médecin de l’ARS, sont passés sous le contrôle de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), c’est-à-dire du ministère de l’Intérieur. Pour « gérer les flux », notre pays n’hésite plus à expulser des personnes atteintes de cancer ou séropositives. L’association Aurore perd d’ailleurs beaucoup d’énergie à porter des recours contre ces OQTF indignes.

En outre, la carte de retrait qui permet aux demandeurs d’asile d’utiliser l’allocation demandeur d’asile (ADA) de 6,50 euros par jour a été transformée en carte de paiement limitée en plein cœur de l’été. Cela pose de nombreux problèmes à savoir que de nombreux commerces n’acceptent pas les paiements en carte bleue pour des faibles montants mais également que les réfugiés ne peuvent plus s’acquitter de leur contribution aux centres d’hébergement.

Quant aux attaques indignes portées par En Marche sur l’AME, elles sont à des années lumières de la réalité. En effet, les demandes de titres de séjour pour soins en Seine-Saint-Denis sont loin d’être cosmétiques car elles concernent surtout des personnes séropositives ou atteintes de cancer.

Un délai d’accompagnement contraint par le ministère de l’Intérieur pour gérer les « flux »

Jusqu’à l’année dernière, toutes les structures d‘accueil étaient considérées comme des centres d’hébergement pour migrants, qu’ils soient ou non réfugiés et avaient pour but de répondre à l’évacuation des campements. Depuis le 1er janvier, la structure n’accueille que des réfugiés qu’elle assiste dans la recherche d’un emploi et d’un logement. Cette structure est désormais classée CPH, ce qui veut dire qu’elle doit respecter un cahier des charges pour le moins contraint. Après 9 mois d’accompagnement plus 3 renouvelables, la personne accompagnée était initialement mise à la porte, qu’elle soit insérée ou non.

Or, lorsqu’on a fui la guerre, qu’on ne parle pas français, qu’il n’y a pas d’équivalence entre les diplômes ou qu’on ne retrouve pas en France certains métiers pratiqués dans les pays d’origine, il peut s’avérer très compliqué de s’insérer en seulement neuf mois. Et ce malgré les efforts des personnes hébergées qui suivent le programme d’enseignement CIR et le soutien d’une association d’étudiants qui vient donner des cours en complément. Egalement, un lundi sur deux, l’association Aurore finance sur ses fonds la venue d’un psychologue pour pallier aux traumatismes de l’exil.

Depuis la réforme du cahier des charges en avril 2019, un réfugié peut voir ses 9 mois d’accompagnement prolongés trois fois de 3 mois après accord de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), organisme rattaché au ministère de l’Intérieur. 

Après avoir commencé en janvier 2019 leur activité d’accompagnement, le CPH entre donc en ce moment même dans la première vague de renouvellement depuis la mise en place de la réforme et se retrouve dans le flou le plus total. Déjà, il se raconte que l’OFII demande aux centres de faire un tri entre les réfugiés qui travaillent et les autres. Combien de renouvellements l’OFII va-t-il accepter ? Est-ce que le CPH va devoir mettre des gens à la rue ? L’Association Aurore a pris une position forte : aucun réfugié à la rue sans solution de la part de l’Etat.

Certaines personnes ont un emploi mais n’ont pas l’habitude d’appréhender tout ce qu’implique la gestion quotidienne d’un logement en France (factures, charges, etc). Après 9 mois, elles sont donc normalement orientées via la plateforme du 115 vers un Centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS). Problème, le 115 est surchargé en Seine-Saint-Denis avec plus de 3500 appels par jour et donne priorité aux femmes avec enfants.

Une baisse de moyens et de personnels suite à la classification en Centre provisoire d’hébergement (CPH)

Ce fameux cahier des charges des CPH ne contient pas de ligne budgétaire pour l’alimentation des personnes hébergées. Pour ceux qui n’ont pas de ressources, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas encore de travail, qui sont âgés de moins de 25 ans et qui ne peuvent donc pas toucher le RSA, l’association Aurore donne des chèques services afin qu’il puisse avoir de quoi se nourrir le matin et le soir. Pour le repas de midi, l’association nourrit les personnes hébergées grâce aux dons de la Croix Rouge de Pantin. L’Etat demande qu’une cuisine soit aménagée pour que les personnes hébergées soient en mesure de se faire à manger seuls. Mais avec quel argent ?

Face à l’absence de financement de l’Etat, la direction de la structure est obligée de répondre à des appels à projets mis en place par l’Agence nationale de l’Habitat (ANAH) pour obtenir des fonds afin de rénover le lieu.

D’une année sur l’autre, le CPH du Pré Saint Gervais a perdu 300 000 euros de dotation de l’Etat suite à la classification forcée en CPH et doit en outre faire face à une baisse de personnel. Chaque CPH dispose, pour mener à bien ses missions d’accompagnement, de 25 euros par personne et par jour de la part de l’Etat pour accueillir 125 personnes. Avec ce budget, elle doit gérer les salaires des différents accompagnants, des veilleurs de nuit, les charges du lieu, etc

Le CPH ne peut donc employer que 4 travailleurs sociaux. Chacun suit une trentaine de dossiers, ce qui rend très difficile l’insertion emploi et logement en neuf mois pour une population primo-arrivante. Sur leur temps libre et en dehors de la procédure, ils aident ceux qui reviennent parce qu’ils n’arrivent pas à s’en sortir une fois seuls.

Massifier l’hébergement et supprimer le délai d’accompagnement contraint

Le récent décompte à Porte de la Chapelle évoquait plus de 3000 personnes survivant dans des tentes à Porte de la Chapelle. L’hébergement étant saturé en Ile-de-France, il est plus qu’urgent de créer des places supplémentaires pour faire face à cette crise de l’accueil. 

Le délai d’accompagnement contraint imposé par des gestionnaires ne répond pas à la réalité du terrain. Certaines personnes ont besoin de plus de neuf mois, d’autres de moins. A quoi bon rejeter à la rue des personnes qui ne sont pas encore insérées et qui finiront par revenir vers un centre d’hébergement qui ne pourra plus les accueillir ?

Les personnes travaillant au sein de ce CPH font un formidable travail d’insertion. Mais face aux procédures kafkaïennes qui leurs sont imposées par le ministère de l’Intérieur, elles en sont aujourd’hui à attendre l’écroulement de ce système pour que le gouvernement revoit enfin sa copie.

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