Coronavirus : la solidarité doit se faire virale

En (quasi) auto-confinement depuis 15 jours, j’assiste – comme la plupart d’entre vous – à la terrible progression de l’épidémie du coronavirus ainsi qu’aux tragédies humaines qu’elle provoque. Comme vous, j’apprends au fil de l’eau les mesures erratiques de notre gouvernement dans la gestion de cette situation dont le caractère ingérable est le reflet de l’incompétence et de l’irresponsabilité de ceux qu’on a laissé nous diriger, depuis au moins 40 ans.

Mais lors des premiers jours de ce confinement obligatoire, j’avoue avoir été sidérée par la situation, en France et dans le monde. Qu’en dire, qu’en penser, quoi faire ? Il se dit déjà tant de choses. Une petite rétrospective de ces deux dernières semaines peut-être, pour intégrer et passer à autre chose !

Alors que l’épidémie était encore un peu loin de nous, qu’il semblait possible de la circonscrire, la ralentir, en freiner l’expansion – finalement tant que nous n’en n’avions pas l’expérience -,  je me complaisais dans la lecture d’articles pointant la responsabilité du système néolibéral dans ce type d’épidémie. Décidemment, ce système était bien l’expression extrême et inéluctable d’un capitalisme dont on finirait (peut-être) par comprendre combien il est éthiquement, écologiquement, démocratiquement – et donc humainement – absurde. 

Ainsi, je me délectais de la lecture d’un article du Monde diplomatique [1] expliquant avec justesse le lien entre l’urbanisation croissante et le dérèglement écologique dans la prolifération de nouveaux types de virus toxiques pour l’homme. Je me sentais confortée  dans mes opinions par tous les commentaires rappelant les méfaits d’une mondialisation qui – guidée par la seule recherche du profit – a  provoqué la délocalisation de secteurs industriels clé et mis à genou les services publics de la santé, de l’éducation, de la recherche…

Il y a 15 jours, être vigilant en respectant les gestes barrières semblait suffisant, même  dans les transports bondés, les lieux de travail confinés, les cafés, les restaurants, les lieux de spectacles et de vie sociale en général ; et même en pleine campagne des élections municipales ! Rien d’alarmant encore.

Puis tout s’est précipité. Jeudi 12 mars dernier, le Président Macron décide la fermeture des écoles et invite au télétravail, rappelant l’absolue nécessité des gestes barrières pour gagner du temps, car « [il savait] que tout allait s’accélérer » (sic).  Le samedi 14 au soir, c’est au tour du premier ministre d’annoncer la fermeture des cafés, des restaurants, des cinémas et autres lieux de spectacle, quasi simultanément à son allocution, et faisant ainsi craindre une urgence vitale ! Deux jours plus tard, le lundi 16, le Président revient nous annoncer sur un air martial le confinement tout le pays. Et le lendemain, le 1er Ministre reprend la parole pour justifier la stratégie de gouvernement.

Depuis, l’appréhension et même la panique nous gagnent au rythme des annonces sur les chiffres, en augmentation exponentielle, de personnes infectées, en réanimation ou décédées ; cette inquiétude s’amplifie devant ce que l’on sait de l’asphyxie de nos hôpitaux et de nos personnels soignants, aujourd’hui grandement remerciés, salués et applaudis par la nation entière. Au passage, je ne peux m’empêcher d’exprimer mon extrême exaspération quand j’entends les congratulations du gouvernement à l’égard de ces « héros en blouse blanche ». « Un peu tard » me souffle une pensée vengeresse ! Un peu tard venant de ceux qui ont tant concouru au manque de lits, de soignants[2]et au délaissement de la recherche publique.[3]

Mais des incompréhensions plus immédiates surgissent face aux injonctions contradictoires du gouvernement comme celle d’aller travailler et d’interdire en même temps de se promener dans un parc, sur la plage. Le virus circulerait-il dans l’air finalement ? Et, rapidement, les syndicats se font l’écho de ces incohérences[4], réclamant le droit de retrait ou a minima des protections (masques et gel) plutôt qu’un « guide des bonnes pratiques ». Une 1ere leçon : ne pas baisser la garde sur le plan social.

Au sujet de ces protections, les questionnements foisonnent aussi, et peut-être bientôt un scandale d’Etat : pourquoi il n’y a-t-il pas assez de maques (chirurgicaux et FFP2), pas assez de gel pour ces ex-rien, ces « privilégiés », devenus soudainement héroïques ; pourquoi ne pratique-t-on pas les tests comme en Corée ? A cet égard, l’article[5] d’un anthropologue de la santé est lui aussi édifiant qui raconte l’intérêt du dépistage et les réussites du traitement par chloroquine et antibiotiques ; édifiant mais terrifiant quant aux raisons de la non mise en œuvre des tests et dudit traitement. 

Alors la méfiance s’installe, notamment depuis qu’Agnès Buzyn, pétrie de remords tardifs, annonce qu’elle « savait »[6] depuis le mois de janvier, et que le gouvernement savait lui aussi. Devant une telle inconséquence, la colère s’exprime ; une énorme colère que Frédéric Lordon exprime à sa juste hauteur[7].

Une inconséquence doublée d’amateurisme dans la gestion de cette crise, n’est-ce pas finalement la réponse à nos questions et préoccupations immédiates ? Pas de gel, pas de masques, pas assez de respirateurs par manque d’anticipation ? Une explosion des contagions pour avoir privilégié l’économique sur le sanitaire[8] ?

Malgré 40 ans de méfiance à l’égard de nos dirigeants, j’ai entendu la première intervention du Président Macron comme un enfant voulant décidemment croire au Père Noël : il reconnait enfin « les failles de notre modèle de développement et les faiblesses de notre démocratie » ; il affirme « tirer les leçons  de cette crise » et que « rien ne sera plus comme avant », décidant « d’assumer une rupture en ce sens».

Mais avant hier, lors du débat sur les mesures économiques mises en place comme plan d’urgence, le doute m’a repris quand sa majorité a rejeté des propositions telles la réinstauration de l’Impôt de Solidarité (tant demandé en cette période) sur la Fortune ou de la contribution additionnelle sur les hauts revenus. Et j’apprends également l’arrêt pour délocalisation de l’usine Luxfer en France, la seule à produire des bouteilles d’oxygène en Europe. Je vois également que les amendes pour non-confinement commencent à pleuvoir, notamment en Seine-Saint-Denis (10%). 2ème leçon : ne pas baisser la garde en matière économique et de droits civiques.

Alors, certes, la période n’est pas à ce qu’il appelle la « polémique ». Espérons juste que la pensée critique ne soit pas interdite, qui n’empêche nullement toutes les formes de solidarité et de fraternité auxquelles il n’est d’ailleurs nul besoin de nous exhorter. Et pour commencer en ce sens, gardons le lien !


[1] https://www.monde-diplomatique.fr/2020/03/SHAH/61547

[2] https://www.bastamag.net/Coronavirus-Covid19-austerite-hopital-reduction-depenses-publiques-historique-lois-soins-sante

[3]  https://www.lemonde.fr/sciences/article/2020/02/29/bruno-canard-face-aux-coronavirus-enormement-de-temps-a-ete-perdu-pour-trouver-des-medicaments_6031368_1650684.html

[4] https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/03/20/coronavirus-les-syndicats-veulent-proteger-les-salaries-obliges-d-aller-travailler_6033791_823448.html

[5] http://jdmichel.blog.tdg.ch/archive/2020/03/18/covid-19-fin-de-partie-305096.html?fbclid=IwAR1mtojbIs8xx7XMsAjpBwFQjxxhea1MbMfH7NPa6b52jJ0eCbLR9NJ-3wM

[6] https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/03/17/entre-campagne-municipale-et-crise-du-coronavirus-le-chemin-de-croix-d-agnes-buzyn_6033395_823448.html

[7] https://blog.mondediplo.net/les-connards-qui-nous-gouvernent

[8] http://www.leparisien.fr/politique/coronavirus-y-a-t-il-eu-retard-a-l-allumage-au-sommet-de-l-etat-18-03-2020-8283222.php

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