Proposition de loi sur les directeurs-rices d’école : du « statut » à la « fonction », ou l’hypocrisie du gouvernement

Le 23 mai dernier, le suicide de Bruno Delbecq, directeur d’école de Saint-Laurent du Var, faisait écho au suicide de Christine Renon qui a jeté de manière tragique une lumière crue sur les conditions de travail des directrices et directeurs d’école. 

Une bureaucratisation croissante du métier, des heures de décharge insuffisantes, une faible rémunération au regard de l’engagement personnel que suppose la tâche de directeur, nombreux sont en effet les griefs légitimes appelant à une réforme conséquente de la profession.

Pourtant, si une action législative semble absolument nécessaire, la proposition de loi portant sur la « création de la fonction de directeur d’école », portée par LREM, ne répond absolument pas aux attentes et inquiétudes du secteur, et s’apparente à une énième « provocation », pour reprendre les justes mots du syndicat Snudi-FO.

Mais il ne s’agit pas là d’un coup de tonnerre dans un ciel serein : à la suite d’une mission flash en aout 2018, mes collègues de la majorité Balzin-Malgras et Rilhac avaient déjà proposé la création d’un statut de supérieur hiérarchique lors des débats portant sur « l’école de la confiance », proposition finalement retirée à la hâte devant la levée de boucliers des personnels. 

Si du moins cette première tentative avait le mérite de la franchise, cette nouvelle PPL élude pudiquement le terme de « statut », tout en créant les conditions pour introduire des rapports hiérarchiques au sein de l’école primaire. 

Cette obsession hiérarchique ne correspond pourtant à aucune demande de la part des directrices et directeurs : si j’en crois une consultation organisée par le Ministère de l’Education nationale en novembre 2019, à peine 11% de ces derniers se sont dit favorables à la création d’un statut instaurant ce rapport de subordination. 

Pire encore : à l’occasion des auditions que j’ai pu mener lors du confinement avec de nombreux acteurs de l’éducation, tous s’accordaient pour pointer du doigt la verticalité et la rigidité bureaucratique du fonctionnement de notre école, et ses conséquences désastreuses pour la résilience de notre service public. 

Une réforme en trompe l’œil, qui sous couvert de conforter une « fonction » ne fait en vérité qu’accroitre la confusion : dans l’article 2 de cette PPL, on entend doter le directeur ou la directrice d’une « autorité » sur ses collègues enseignants, mais sans pour autant le consacrer en tant que « responsable hiérarchique », tout en étant délégataire de l’autorité académique…

Comprenne qui pourra ! D’autant qu’en transférant une partie de la responsabilité juridique et pénale aux directeurs, l’Education nationale se défausse d’une partie de ses responsabilités. 

Une absurdité à l’aune de la crise du Covid19 notamment, alors que nombreux directeurs restaient dans l’expectative quant à leur responsabilité directe face à un « déconfinement » pour le moins laborieux. 

De plus, si le fait d’élargir les décharges pour les directeurs ayant en charge au moins 8 classes semble louable dans l’intention, quid de la moitié des établissements, notamment ruraux, n’atteignant pas ce fameux seuil ? C’est là une rupture d’égalité qui ne recouvre absolument pas la réalité du travail de directeur au quotidien.

Cependant les revendications du secteur, que nous nous efforçons de relayer au travers de nos 19 amendements, sont claires : augmenter le temps de décharge, obtenir une aide administrative, consacrer un poste de secrétariat, mettre en place une véritable bonification indiciaire. 

La proposition de Mme Rilhac ignore ces demandes, pour consacrer plutôt le culte d’un “petit chef” nommé par l’IEN. Face à cette incursion du management dans l’éducation, il est urgent de conforter le principe démocratique de l’élection, et de réaffirmer ce que la majorité refuse d’entendre : l’école n’est pas une entreprise miniature.

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